FACE & BODY

Les algues, la solution miracle

La mer rend belle : la recherche et la science misent toujours plus sur les substances actives marines. Les algues, qui peuvent s’utiliser de manière extrêmement variée, figurent en tête de liste et la cosmétique ne s’en passe plus.

Publié le 28.07.2021

La mer – un lieu de secrets et de trésors. Une grande partie des fonds marins est encore inexplorée, bien que les océans couvrent près des trois quarts de la surface de la Terre. Il est donc tout naturel d’y rechercher des substances nouvelles et des alternatives en matière d’alimentation, de santé et de beauté. Après tout, l’Antiquité attribuait déjà à la mer une force particulière puisque ses vagues ont donné naissance à la déesse de la Beauté, l’Aphrodite des Grecs et la Vénus des Romains.

 

Qu’est-ce que la biocompatibilité ?

Ce que la mythologie suggérait et la naturopathie recommande, ce que les premiers touristes balnéaires recherchaient vers 1900 et ce que la thalassothérapie promet, la recherche actuelle le confirme : l’eau, le sel, le limon et surtout les algues marines permettent au corps, à la peau, à l’âme et à l’esprit de rester sains et beaux.

On parle de biocompatibilité lorsque notre peau, tout comme les plantes aquatiques, doit constamment lutter contre des agressions telles que les rayons UV, les fluctuations de température et la déshydratation causée par le vent et le soleil. Pendant des millions d’années, les algues ont développé une résistance efficace à ces nuisances et leurs substances actives nous parviennent via les cosmétiques. Les minéraux, les antioxydants, les vitamines, les acides gras essentiels et les oligo-éléments tels que l’acide folique, le fer, le manganèse et le magnésium tout comme les protéines protègent les fibres de collagène et d’élastine, responsables de la souplesse et de la fermeté de la peau.

Mais comment ces substances issues des algues sont-elles extraites et travaillées dans les produits cosmétiques ? Elles sont d’abord récoltées en mer à la main, par bateau ou par tracteur auquel on attelle un « scoubidou », une sorte de gigantesque vis. Puis les algues, encore visqueuses, subissent divers types de transformation : séchées, elles sont broyées en une poudre fine. Ou l’en en extrait par osmose les substances actives hydrosolubles contenues dans des algues comme les nori, les chondrus, les palmaria ou les ulva. La pulvérisation permet également de transformer les algues : leurs particules se frottent les unes contre les autres dans un courant gazeux de manière à ce que leurs parois cellulaires éclatent. Il est encore possible d’obtenir des extraits alcooliques à partir d’algues séchées. La macération, enfin, dans laquelle les substances actives sont extraites des algues broyées à l’aide d’un solvant, ou la lyophylisation sont considérées comme plus douces : pour ce faire, l’algue fraîche est déshydratée une fois congelée à des températures allant de -20 °C à -45 °C.

 

Les algues en médecine

Les substances actives des algues ainsi obtenues sont ensuite transformées en crèmes, gels ou huiles, chaque marque de cosmétiques fixant ses propres priorités. Le principe est toujours de rétablir l’équilibre du corps, perturbé par l’âge, la pollution et le stress, en permettant à la peau d’absorber les substances qui font défaut à l’organisme, grâce à la similitude physiologique entre le plasma humain et l’eau de mer. Ainsi, les cellules se renouvellent, s’activent, les tissus se resserrent, le corps et l’âme rajeunissent.

La science espère également en tirer de nouveaux médicaments, pour le traitement du cancer ou des infections virales par exemple. La recherche dans ce domaine ne s’est intensifiée que récemment, et jusqu’à présent, les finances sont limitées. Malheureusement, la transformation de la substance active marine en médicament autorisé à la vente est très longue et très chère. Les océans représentent donc toujours une part d’ombre dans les études biomédicales. Globalement, selon le Rapport mondial sur les sciences océaniques, les pays ne consacrent en moyenne que 1,7 % de leur budget de recherche à l’océanographie ! « La vie dans l’océan existe depuis environ 3,7 milliards d’années, soit trois fois plus longtemps que la vie sur Terre, d’où une énorme biodiversité. Néanmoins, on ne connaît que 10 % de toutes les espèces marines jusqu’à présent », regrette la professeure Julia Sigwart, biologiste à l’Institut de recherche Senckenberg. « Nous en savons moins sur nos océans que sur la surface de Mars », déclare-t-elle.

Sur les quelque 400 000 espèces d’algues recensées dans le monde, allant des diatomées unicellulaires invisibles à l’oeil nu au varech et aux fucus vésiculeux de plusieurs dizaines de mètres de long, 20 % des espèces au maximum ont déjà fait l’objet de recherches, et seules 500 d’entre elles environ sont utilisées à des fins commerciales.

 

Les microalgues du laboratoire

Lorsqu’on pense algues, on pense mer, mais les microalgues, qui comptent parmi les plus anciennes formes de vie sur Terre, sont partout. On peut les cultiver et, en tant que matières premières renouvelables, elles pourraient grandement contribuer au développement durable. Les scientifiques les considèrent comme les « algues à tout faire », comme le dit le Dr Gerd Huschek de l’IGV (Brandebourg), où les microalgues font l’objet de recherches et de travaux intensifs, notamment les microalgues dites « extrêmophiles » provenant de sources thermales volcaniques chaudes telles que les geysers du parc national de Yellowstone (États- Unis). Selon Elke Kurth, responsable du département R&D d’IGV pour les substances actives innovantes provenant des algues, les microalgues sont une source quasi inépuisable. Elles sont également capables de s’adapter à un environnement hostile comme un rayonnement UV intense, aux fortes fluctuations de température et aux valeurs de pH extrêmes. « Les microalgues extrêmophiles sont considérées comme de véritables équilibristes qui résistent au stress et comme des génies de l’adaptation », explique Elke Kurth. Et en quoi nous aident-elles à avoir belle peau saine ? « Les microalgues contiennent des protéines et des polysaccharides d’algues précieuses en dermatologie qui non seulement hydratent mais peuvent aussi stimuler le métabolisme de la peau, régénérer les cellules cutanées et protéger contre les radicaux libres. L’équipe de recherche d’IGV GmbH a réussi à recueillir les précieuses substances des algues sous la forme d’extraits d’algues bioactifs. Les substances actives multifonctionnelles des algues assurent aux cellules une protection optimale. »

Bien que l’extraction de ces extraits bioactifs à partir de la biomasse algale produite par biotechnologie soit un processus durable, elle coûte encore actuellement beaucoup d’énergie et d’argent. Jusqu’à présent, les microalgues étaient généralement congelées, puis décongelées et traitées avec des enzymes pour briser leurs parois cellulaires stables.

 

Extraction de microalgues

L’Institut Leibniz pour la science et la technologie des plasmas (Leibniz-Institut für Plasmaforschung und Technologie, Greifswald) a mis au point une méthode d’extraction de la biomasse microalgale plus rapide et plus respectueuse de l’environnement : « Dans ce processus », explique le Dr Huschek, « les parois cellulaires sont rendues poreuses par des ondes de choc. Il n’est donc plus nécessaire de congeler et de traiter aux enzymes. » Cela permet de gagner du temps et de l’énergie. Si la technologie du plasma s’avère fructueuse, ces organismes pour la plupart des unicellulaires d’une taille de quelques micromètres seulement, pourraient à l’avenir jouer un rôle majeur dans l’alimentation, la médecine et les cosmétiques, autrement dit, des matériaux pour la cosmétique du futur !

 

 

 

 

Beate Kuhn-Delestre est psycholinguiste et sociologue. Cette journaliste indépendante travaille pour la télévision, la presse écrite, les productions théâtrales et elle s’est également fait un nom en comme autrice de nombreux films documentaires. Elle écrit pour KOSMETIK international depuis 1989.

beate.kuhn-delestre@orange.fr

 

 

 

Texte : Beate Kuhn-Delestre 

Photos : stock.adobe.com (1), Beate Kuhn-Delestre (1)

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